

Ce qui me plait beaucoup chez K.T. c'est plus le cheminement mental que l'auteur parvient à nous faire faire, que le dessin lui-même. C'est du style manga, je ne suis pas spécialement fan de ce style. Mais chez K.T. Il y a ce concept de l'usage abondant des fluides. Les larmes semblent sortir d'une fontaine, et les sexes sont dégoulinant de liquide comme si un robinet de gel lubrifiant était grand ouvert. Tout le personnage baigne et luis dans les divers liquides, les larmes, le sperme, la cyprine, parfois la sueur. Et puis toujours ces fesses rouges et brillantes comme des pommes au marché. Ces réalisations de l'impossible, ces postures si simple, si ordinaire et si évocatrice, remplissent d'un érotisme sourd et lourd ces êtres invraisemblables que l'on croirait, que l'on voudrait réel. Ils donnent envies, ils rendent envieux, on désire soit être à leur place, soit devenir celui qui applique, ou pour d'autre celui qui reçoit. Quand je dis « celui », j'entends : celui ou celle.


C'est lubrique, c'est impudique, c'est transgressif, tant dans les scènes DD et SM que ce soit dans les images d'hermaphrodites concupiscents ou de femmes phalliques équipées d'un gode hors catégorie. Tous cachant leur plaisir, leur perversité, sous le masque de la douleur ou de la honte, des larmes, mais trahit par un corps qui laisse échapper la preuve flagrante de ce plaisir, par des fluides corporels surabondants. Comme si éprouver des sentiments contradictoires permettait d'accepter les plaisirs inavouables et la jouissance inouïe que l'on peut éprouver dans la perversion ultra sensuel du BDSM. L'exagération des formes, très prononcée dans le graphisme de K.T, l'usage des fluides luisants, ne sont que la traduction graphique de nos pensées les plus intimes, mais en fait les plus jouissives. Elle nous stimule cette exagération outrancière, elle nous interpelle dans ce que nous avons de plus archétype dans notre inconscient. Des sexes de mâles priapiques d'une taille démesurée, un ithyphallisme de l'ordre symbolique, presque mystique, comme celui que l'on retrouve sur les peinture rupestre du solutréen. Cela touche au plus profond de nos désirs inconscients et ça les fait remonter en surface, K.T. Nous force à nous regarder comme tel, avec l'image de ce que nous éprouvons, de ce que nous faisons avec nos désirs.


La traduction des émotions où le plaisir semble prendre le visage de la souffrance et où la souffrance prend le visage du plaisir. On lit sur son visage, la stupéfaction et la satisfaction qu'éprouve le spanko malgré son corps crispé sous les impacts. On ne sait rien des occasions ou des causes qui ont provoquée la fessée, on ne peut que l'imaginer, mais surtout on lit ce qui en résulte, à savoir, ce mélange de douleur et de plaisir si particulier au BDSM, si particulier à nos plaisirs et nos joies. On adore chez K.T. ces larmes éclaboussantes, qui telle une constante et quelque soit les circonstances, sont omniprésente sur le visage de chaque spanko. Larmes que l'on sait provenir d'un réel plaisir, qui surpasse de loin la douleur qui le provoque et dont il est directement issus. On en arriverai aussi à entendre les cris poussés ou retenus par le spanko, on les imagine volontiers, on les envie, on les désir, on veux les atteindre, les graver à jamais. Ces expressions de fausse pudeur, qui ne peuvent cacher la satisfaction d'un plaisir peu avouable, d'un plaisir indécent, incorrect et pourtant si bon ce Graal de la DD :
Aimer se faire fesser et en jouir abondamment.

Se savoir, se sentir vraiment lubrique, et pas comme les autres. Avoir cette différence réprouvé par la moralité qui rend cependant si satisfait, si plein, si épanouit, qui conduit tout simplement au bonheur. Au bonheur d'être soi, au bonheur d'être heureux(se) après une bonne fessée. La complaisance cachée que l'on met à se laisser ainsi maltraiter, fessée comme une enfant, comme une garce, une . Feindre le refus, la résistance, l'opposition, mais se laisser aller de bon cœur à recevoir cette sanction, en pleurer, en avoir vraiment mal, et en jouir de toutes les fibres de son corps, de tous les liens de son esprit. Se laisser emporter dans un maelström de sensations, puissantes, violentes contradictoires entre corps et pensée, mais si cohérente à esprit. Se retrouver dans ce lieu où l'on se dit : « Mais je suis folle (fou) de jouir ainsi, j'aime tant ça ! Tout ça n'est pas normal, et c'est pourtant si naturel pour moi, si évident ! ». Au travers et par les dessins de K.T. Nous pouvons aborder les facettes qui en nous, nous préoccupent parfois. Nous pouvons nous regarder, et même qui sait, mieux nous comprendre, mieux nous accepter. Il crée un prisme qui décompose notre intérieur et notre fonctionnement. Et comme dans tout prisme, on y perçoit chacune de nos couleurs qui, si prisent séparément semblent crues, voir violentes, mais qui toutes réunies font de nous un tout, une cohérente et parfaite lumière blanche.


Ce monde, celui de Kami Tora, c'est un condensé un peu expansif du nôtre, c'est le nôtre, c'est ce que nous aimons, c'est ce que nous voulons tous, c'est pourquoi j'apprécie ou j'aime les dessins et illustrations de Kami Tora.

